mardi 14 décembre 2010

Processus électoral controversé en Haïti - Le gouvernement haïtien doit prendre ses responsabilités, disent Cannon et Clinton

Processus électoral controversé en Haïti - Le gouvernement haïtien doit prendre ses responsabilités, disent Cannon et Clinton

«La communauté internationale ne peut pas tout faire»

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, était accompagné, lors d’une réunion trilatérale tenue en Outaouais, de ses homologues Patricia Espinosa (Mexique) et Hillary Clinton (États-Unis). Mme Clinton a rejeté hier l’idée de punir Haïti pour les ratés du premier tour.<br />
Photo : Agence Reuters Chris Wattie
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, était accompagné, lors d’une réunion trilatérale tenue en Outaouais, de ses homologues Patricia Espinosa (Mexique) et Hillary Clinton (États-Unis). Mme Clinton a rejeté hier l’idée de punir Haïti pour les ratés du premier tour.
Ottawa — C'est aux Haïtiens de «prendre leurs responsabilités» et de mettre de l'ordre dans le processus électoral en cours, ont réitéré hier Washington et Ottawa, qui ne souhaitent pas s'immiscer plus directement dans le débat. 

«La communauté internationale ne peut pas tout faire», a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, au sortir d'une réunion trilatérale tenue en Outaouais avec ses homologues Hillary Clinton (États-Unis) et Patricia Espinosa (Mexique). «Les acteurs de la scène politique haïtienne doivent s'acquitter de leurs responsabilités et faire preuve d'un engagement ferme envers les principes démocratiques, y compris l'intégrité du processus électoral», a-t-il dit.

«Le recomptage des votes doit impérativement être effectué dans le calme, en temps opportun et en toute transparence», a aussi affirmé M. Cannon. La semaine dernière, M. Cannon avait déjà évoqué la possibilité que le gouvernement canadien ne reconnaisse pas les résultats du deuxième tour s'il se déroule dans les mêmes conditions que celui du 28 novembre. De nombreuses irrégularités ont provoqué de violentes manifestations à l'annonce des résultats la semaine dernière.

Mme Clinton a par ailleurs rejeté hier l'idée de punir Haïti pour les ratés du premier tour. La secrétaire d'État a repoussé la suggestion du sénateur démocrate du Vermont, Patrick Leahy, de réduire l'aide à Haïti comme mesure de persuasion. C'est hors de question, a répondu Mme Clinton. 

«Il ne faut pas punir les Haïtiens à cause des problèmes qui ont été constatés lors de l'élection», a-t-elle fait valoir. «Les gens ont encore besoin d'abris, d'éducation, d'eau potable, de soins de santé». À l'heure où le peuple et les autorités luttent contre une épidémie de choléra et tentent de reconstruire leur pays, un tel geste serait irresponsable, ont aussi soulevé les partis d'opposition à Ottawa. «Ce n'est pas le temps de menacer les Haïtiens: c'est le temps de les aider», estime le chef néodémocrate, Jack Layton.

Hillary Clinton comprend néanmoins le contexte de la sortie du sénateur Leahy. Ses propos traduisent selon elle une «certaine frustration» — partagée par une partie de la population américaine — devant l'état de désorganisation du pays, près d'un an après le tremblement de terre qui a ravagé Port-au-Prince. La communauté internationale attendait davantage des leaders haïtiens, a lancé Mme Clinton.

«Nous comprenons que le gouvernement a lui-même été sévèrement affecté par le tremblement de terre, mais il doit y avoir un plus grand effort et une approche plus cohérente pour résoudre les problèmes», a indiqué Mme Clinton. 

Débats d'urgence

À Ottawa, la stratégie choisie par M. Cannon et Mme Clinton a été globalement bien accueillie. Selon Gilles Duceppe, «l'avertissement a été donné sérieusement comme quoi le prochain tour doit se dérouler mieux que le premier». 

Pour le député libéral Denis Coderre, «c'est, en langage diplomatique, un message clair qui est envoyé aux autorités haïtiennes pour qu'elles se prennent en main et qu'elles soient responsables». M. Coderre croit cependant qu'Ottawa n'aura pas le choix d'intervenir davantage, étant donné la complexité des problèmes. 

M. Coderre a d'ailleurs obtenu que la Chambre des communes tienne hier soir un débat d'urgence sur la question haïtienne. Une façon de faire le point sur la situation et de voir comment le gouvernement canadien pourrait s'engager plus avant dans ce dossier. 

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Avec La Presse canadienne

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